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La richesse au 21e siècle (2 / 3)

 

Bienvenue dans la deuxième partie de trois, sur la répartition de la richesse au 21ième siécle!

 

Dans cette série, on explore les deux grandes formes de richesse: le revenu et le capital, et de quelle façon ces formes interagissent et façonnent notre société.

 

 

  • Première partie – Le rapport entre capital et salaire dans notre société.
  • Deuxième partie – La richesse en salaire.
  • Troisième partie – La richesse en capital. (À venir !)

 

La répartition de la richesse en salaire

Le revenu est une forme de richesse avec laquelle nous sommes tous (ou presque) familier. Ces revenus peuvent venir de différentes sources : salaires, subventions, intérêt, dividendes…

 

Qu’il soit versé dans votre compte en banque, ou directement dans vos poches, le revenu (souvent un salaire) constitue l’interaction la plus simple avec l’argent. Pas de planification à long terme nécessaire, on reçoit un montant de façon périodique, et on n’a qu’à survivre jusqu’à la prochaine paie pour que tout se passe bien, du moins au quotidien.

 

C’est la première forme de richesse à laquelle les gens pensent, et on considère habituellement comme riche les gens qui exercent certaines professions de par leur salaire habituellement plus élevés.

 

Un rappel rapide

On a vu à la fin de la première partie, qu’au Canada, il y aurait l’équivalent de 4 années de salaire total accumulé en capital. Et qu’à conditions initiales égales et salaire égal, les décisions personnelles sur les dépenses peuvent influencer de façon majeure l’accumulation de capital.

 

Mais les différents choix de vie n’expliquent pas à eux seuls la répartition inégale du capital. Même si le salaire est la façon la plus démocratique d’accumuler du capital, le fait que les salaires soient répartis de façon inégale entre les différents travailleurs influence au final la distribution… du capital.

 

Avertissement!

Dans cet article, on s’est basé sur les données de Statistiques Canada, de l’institut des Statistiques du Québec et sur les évaluations de la répartition de la richesse trouvées dans le livre Le Capital au XXIe siècle. Nous avons fait des approximations lorsque les chiffres exacts n’étaient pas disponibles et il se peut que l’on ait commis des erreurs. Mais les ordres de grandeurs devraient être bons.

Notre but ici est de pouvoir avoir une idée, en chiffres concrets, de l’ampleur de l’inégalité dans la répartition des revenus et du capital, et de s’amuser en ayant une bonne discussion sur le sujet!

 

La richesse de salaire, en proportions

Pour les besoins de la discussion, nous allons considérer uniquemement les revenus dûs au travail. Nous exclurons les revenus dûs au capital (intérêts, dividendes et autres revenus tirés de placements divers), car après tout, ils sont associés directement au capital…

 

Selon la base de données sur les revenus des plus riches, au Canada, les 1% les plus riches gagnent 12.22% de l’ensemble des revenus, soit 12.22 fois le revenu moyen.

 

Un petit mot pour éclaircir le calcul

Si les revenu était également répartis, tout le monde aurait le revenu moyen.

En divisant le pourcentage de la part de revenu d’un groupe par son poids démographique on obtient le multiple du revenu moyen que les gens de ce groupe reçoivent.

  • Si 1% de la population reçoit 1% des revenus, ils reçoivent en moyenne… le salaire moyen!
  • Si 10% de la population reçoit 5% des revenus. Ils reçoivent en moyenne la moitié du salaire moyen.
  • Si 5% de la population reçoit 10% des revenus. Ils reçoivent le double du salaire moyen.

 

 

Nous disions donc que les 1% les plus riches gagnent 12.22% du revenu total, soit 12.22 fois le salaire moyen.

Mais ce groupe prestigieux inclut les 0.01% les plus riches de la société, qui à eux seuls, touchent 1.44% du total des salaires, soit 144 fois le revenu moyen!

 

Cela importe car si on exclut les membres sélects du 0.01%,  le reste du 1% le plus riche (le 0.99% restant) ne reçoivent soudainement que seulement 10.82 fois le revenu moyen (au lieu de 12.22). C’est encore beaucoup, mais c’est loin de 144 fois!

 

Les 1%, 10%, la classe moyenne sont donc des catégories fortement arbitraires qui sont loin d’être des groupes homogènes, et on y retrouve regroupés des revenus fort disparates!

 

Une petite approximation…

Le 1% le plus riche en revenus au Canada s’accapare une portion semblable du revenu total que le 1% les plus riches aux États-Unis. On se permet donc d’assumer que toutes les tranches de revenus se répartissent de façon semblable à la grandeur de l’Amérique du Nord. C’est une approximation un peu grossière, mais qui nous permet d’accéder à un plus grand bassin de données afin d’illustrer un peu plus concrètement ce que ces inégalités signifient au quotidien.

 

En gros,  la répartition globale des revenus est la suivante:

  • Le 0.01% le plus riche reçoit 1.44% de l’ensemble des salaires.
  • Le 1% le plus riche (excluant le top 0.01%) reçoit 10.82% de tous les salaires
  • Les 10% les plus riches (en excluant le top 1%), reçoivent environ 25% de tous les salaires.
  • Le 40% suivant (la classe moyenne), 40% du total.
  • Et le 50% le plus pauvre environ 25% du total (soit 2 fois moins que la moyenne par personne).

 

La répartition de la richesse des revenus au Canada ressemble donc à ceci

 

Pour illustrer, si les salaires étaient distribués de façon uniforme, chaque groupe recevrait une portion proportionnelle au nombre de personne qui en font partie. On aurait donc le graphique suivant:

 

 

 

Les plus riches en salaire au Québec, en chiffres

Pour faire partie du 1% le plus riche au Québec, il faut gagner environ 210 000$ et plus par année.

Pour faire partie du 10% le plus riche, on parle d’un salaire d’environ 85 000$ et plus.

En se basant sur le revenu moyen au Québec  pour une personne seule (40 500$) et sur les chiffres de répartition de la richesse cités plus haut, on obtient le portrait suivant des salaires annuels moyens:

 

 

Distribution des salaires individuels par groupes de richesse
Groupe de richesse Salaire moyen Plages de salaires
Top 0.01% 5 852 000$ 3 000 000$ et plus
Top 1% (excluant le 0.01%) 441 000$  210 000$ à 3 000 000$
Top 10% (excluant le 1%) 103 000$  85 000$ à 210 000$
Classe moyenne (50-90%) 40 500$ 31 900$ à 85 000$
50% plus pauvre 20 250$ 0$ à 31 900$

 

 

N’oubliez pas ici qu’il s’agit de chiffres pour personnes seules. On peut s’imaginer que de doubler les chiffres ici donne un portrait des revenus disponibles pour les familles. Statistique Canada considère également les familles économiques, soit les habitation avec plusieurs personnes de la même famille. Mais comme cela regroupe autant un couple sans enfants, qu’un couple avec 2 jeunes adultes qui travaillent mais qui habitent toujours avec leur parents, ces chiffres peuvent être légèrement gonflés pour nos besoins d’analyse.

 

J’ai trouvé des chiffres légèrement différents provenant de différente source, mais comme il s’agit de regroupements arbitraires à la base, à moins que vous recherchiez une satisfaction à faire partie d’un groupe en particulier, la discussion devrait être la même. (Que le seuil du 10% le plus riche soit de 75 000$, 85 000$ ou 95 000$, une personne qui gagne plus de 75 000$ se retrouve dans le haut de la classe moyenne, avec un revenu du double de celui des gens qui sont près de la limite inférieur… mais qui font aussi parti de la classe moyenne).

 

On vous invite à noter la chose suivante: Selon notre définition, dès que vous faites partie de la classe moyenne, vous gagnez plus que la majorité des gens de la population!

 

Un exercice intéressant est de s’arrêter et de réfléchir, pour chacun des chiffres ici présentés, si c’était votre salaire, quel serait votre mode de vie? Serait-il bien différent de votre mode de vie actuel?

La médiane, une mesure plus représentative que la moyenne

Une chose importante à noter et que même si le revenu moyen s’adonne à être également le revenu des gens de la classe moyenne, une majorité de gens au Canada gagnent moins… que la moyenne.

Si au Canada le revenu moyen pour une personne seule était de 40 500$, le revenu médian lui était de 31 900$. Et pour les familles économiques, la moyenne était de 104 500$ alors que la médiane était de 87 000$.
Petit rappel : médiane versus moyenne

Le revenu médian est le revenu qui sépare la population en deux. La moitié de la population en âge de travailler gagne égale ou plus au revenu médian, et l’autre moitié, gagne égale ou moins que le revenu médian. C’est habituellement une mesure plus représentative d’une distribution que la moyenne.

Graphique expliquant le concept de médianne en utilisant des lapins

La moyenne elle, est la somme de tous les salaires, divisée par le nombre de personnes. Dans le cas qui nous préoccupe la moyenne est plus élevée que la médiane parce que les gens les plus riches en revenus gagnent beaucoup plus que les autres.

 

Si on prend un exemple en chiffres :

Si, sur 100 personnes, 90 gagnent 5000$ et dix personnes gagne 100 000$. La médiane sera de 5000$ et la moyenne sera de 14 500$. Si on regarde uniquement la moyenne, on ne saura pas que pratiquement tout le monde gagne 3 fois moins que le salaire moyen.

C’est contre-intuitif à prime abord, mais c’est comme ça!

 

Les salaires, une force d’égalité sociale ?

Avec une telle disparité de chiffres, peut-on parler d’égalité sociale? On pense quand même que oui!

 

Même si le pourcentage le plus riche de la société s’accapare une importante partie des salaires (un peu trop haut même selon nous). La répartition des salaires reste quand même relativement égalitaire. Si l’on pense à une famille avec deux revenus. On voit quand même que deux personnes dans la classe moyenne peuvent gagner ensemble plus qu’une famille avec un seul revenu dans le 10% supérieur.

 

Et la même chose est vrai d’une catégorie à l’autre. Disons passer du 50% le plus pauvre à la classe moyenne, ou de la classe moyenne au 10% le plus riche.

 

Il y a donc des inégalités, mais elles ne sont pas insurmontables, et connaissant notre société canadienne, on sait qu’on y retrouve une certaine mobilité sociale. Plus qu’aux États-Unis en tout cas. Avec les politiques fiscales pour les familles et le filet social, quelqu’un qui nait dans une famille d’une strate donnée, peut très bien changer de strate de richesse au cours de sa vie.

 

Et ce sont de réelles possibilités, je suis sûr que vous connaissez personnellement des gens qui l’ont fait dans votre entourage (et non des oui-dire du genre, mon cousin connaît quelqu’un qui…). Passer du 50% le plus pauvre au 0.01% le plus riche révèlerait uniquement de l’anecdote, et on ne parle pas ici de ce genre de mobilité sociale.

 

Finalement, nous le verrons dans la troisième partie, la richesse en salaire est répartie de façon beaucoup plus égalitaire que la richesse en capital. Ce qui d’une certaine façon est une bonne chose. Cela permet au moins de se démarquer de par son travail. Ce qui serait plutôt déprimant si ce n’était pas le cas…

 

Tout le monde pense faire partie de la classe moyenne…

Une des conséquences de la répartition de la richesse actuelle. C’est que, puisqu’elle est assez graduelle, il n’y a pas de large fossé entre un groupe de riche et un groupe de pauvre… Ce qui fait en sorte  que très peu de personnes se considèrent comme riches. Cela ressort de façon spectaculaire lorsqu’on interroge les gens qui font de bons (ou de très bons) salaire. Vous pouvez même faire le test autour de vous, c’est habituellement assez frappant. Souvent les gens persistent à se voir comme étant au mieux dans la classe moyenne, même lorsqu’on leur montre les chiffres!

 

La plupart des gens se considèrent dans la classe moyenne!

Ce qui est mathématiquement impossible, mais quand on pense aux riches, on pense à ceux qui gagnent plus que nous. Cette tendance à se comparer, tout en s’excluant du groupe des riches, tient autant pour les gens qui gagnent 80 000$ que pour ceux qui rapportent 300 000$ par année…

 

Petite tangente…

Je ne suis pas sûr de la cause réelle de cet état de fait! Est-ce perpétué par un stigma rattaché à l’idée d’être riche dans certaines cultures? Est-ce par désir d’appartenir au plus grand groupe dans la société?  Est-ce causé par la nature humaine qui aspire toujours à améliorer son sort plutôt que de se satisfaire de son état actuel? C’est une question pour les psychologues!

 

Chose certaine, c’est toujours étrange de voir des gens clairement privilégiés qui ne réalisent pas qu’ils ont beaucoup plus que la majorité des gens qui vivent autour d’eux et qui persistent, malgré les faits, à s’apitoyer de leur sort.

 

 

Les hauts salaires, une anomalie historique ?

Finalement, une chose fort intéressante sur laquelle commente Thomas Piketty dans son livre, c’est que les hauts salaires des dirigeants d’entreprises (CEO et cadres de la direction) que l’on retrouve en Amérique du Nord, sont un peu une anomalie. Les rémunérations extrême, de plusieurs centaines de fois le salaire moyen se retrouvent principalement dans le monde Anglo-saxon (États-Unis, Grande Bretagne, Canada, Australie), et elle ne semblent pas corrélées avec la plus value que ces personnes apportent aux entreprises.

 

Les études sérieuse sur la question ne réussissent apparement pas à trouver de justification pour ces salaires. En effet, les entreprises en question ne performent pas mieux que les autres entreprises dans le monde occupant le même créneau, qui elles sont loin de payer autant leur dirigeants.

 

Je ne dit pas ici que ces gens sont incompétents (je n’en ai aucune idée). Simplement que les salaires des hautes directions sont artificiellement gonflés, et qu’ils devraient être ramené à un multiple plus décent de celui des travailleurs des entreprises, comme cela a été le cas historiquement. Personne ne s’en retrouverait plus mal. On ne versera pas une larme si le CEO gagne 75 fois le salaire moyen au lieu de 144 fois… Il pourra quand même avoir 3 chalets au lieu de 5 et envoyer ses enfants dans les meilleures écoles privées sans problèmes.

 

Et surtout, cela ne diminuera en rien le nombre de personnes compétentes prêtent à assumer ces fonctions…

 

Un portrait incomplet de la richesse

Bien souvent, on arrête ici les comparaisons de richesse, satisfait d’avoir un portrait global de la société… Mais est-ce vraiment le cas ? Qu’en est-il des gens qui héritent de leur parents de sommes importantes, leur donnant accès aux plus grands luxes et propriétés, sans avoir à travailler?

 

Ceux qui sont riche en capital mais qui n’ont pas de revenus de salaire se retrouvent exclût du haut du palmarès des riches en salaire, mais il ne sont pas pauvres pour autant. S’il ne s’agissait que de quelques individus, on pourrait toujours les considérer comme des curiosités, sans impact sur le portrait global de la richesse, mais il sont bien plus nombreux qu’on le pense.

 

Dans la prochaines partie, nous examinerons la richesse accumulée en capital et de quelle façon cette richesse se distribue dans notre société. Vous allez voir, c’est fort différent. Et c’est loin d’avoir un impact négligeable!

 

 

Et vous, faites-vous réellement partie de la classe moyenne ?

Que pensez-vous des hauts salaires des dirigeants. Est-ce une tendance qui selon vous va perdurer ?

Et si vous faites abstraction des très haut salaires, trouvez vous que les revenus sont répartis équitablement dans la société ?

 

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